QUELLE EST LA PLACE DE LA CHASSE À NOTRE ÉPOQUE ?

QUELLE EST LA PLACE DE LA CHASSE À NOTRE ÉPOQUE ?

En cette période de réouverture de la saison de chasse au Maroc, nous réalisons que les temps sont bien différents d’il y a quelques années. Autrefois, il y avait les défenseurs des animaux d’un côté et les omnivores de l’autre, qui, sans apprécier forcément la chasse, n’imaginait pas de bon petit plat sans viande. Mais les attentes de l’époque étaient différentes, tout le monde n’aspirait qu’à l’abondance et à la consommation…

Puis le 21e siècle est arrivé avec ses exigences, amplifiées par les réseaux sociaux : le réchauffement climatique, le déboisement et le mode de vie végan (refoulant toute consommation d’origine animale). Pourtant, contrairement à cette tendance écologiste mondiale qui pourrait la freiner, la chasse fait de plus en plus d’adeptes. Zoom sur une activité qui n’a pas dit son dernier mot.

Le Maroc était l’invité d’honneur de la 39e édition du grand salon de chasse Game Fair 2019 en France.

L’OPTIMISME DES PROFESSIONNELS

Au Maroc, si l’Arrêté Annuel 2018-2019 du Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification fait apparaître des prises de dispositions récentes en matière de protection de la flore et de la faune sauvages, les professionnels de l’activité avancent surtout des arguments d’ordre économique imparables.

En ce mois de juin 2019, le Maroc était l’invité d’honneur d’un des plus grands salons de chasse du monde, le Game Fair, en France.

Présent sur les lieux, l’organisme de presse Médias24 a rencontré Monsieur Abderrahim Houmy, Secrétaire Général du département des Eaux et Forêts qui a fait part de quelques chiffres vertigineux : « avoisinant aujourd’hui les 80.000, le nombre de chasseurs ne dépassait pas les 48.000 en 2007-2008, une progression de plus de 65%, générant un chiffre d’affaires de 1,2 milliard de dirhams en intégrant toutes les dépenses des chasseurs durant l’année.

De même, le nombre de lots amodiés a connu une augmentation de 83%. Le secteur participe aussi à la création d’emplois en milieu rural. En 2017-2018, le département a en effet noté la création de 955.000 journées de travail permanent et de 213.000 journées de travail temporaire.

Côté chasse touristique, le département ambitionne de porter le nombre de touristes chasseurs de 3.000 à 15.000 d’ici 2024. Pour cela, M. Houmy souligne que le Maroc doit aller vers une approche plus agressive avec des investissements. La chasse, ce n’est pas que du gibier, mais de l’hébergement, du transport, de la culture, des produits de terroir, de la gastronomie… »  (www.medias24.com, 26/06/2019)

ALORS, LA CHASSE, POUR OU CONTRE ?

Au vu des avis divergents sur la chasse, nous avons déniché un intéressant regard croisé dans le magazine engagé français « Sans transition ! ».

Dans la tribune des « pour », voici Pierre de Boisguilbert, Porte-parole de la Fédération nationale des chasseurs Français : « Que la chasse ne soit pas bien vue par certains est une question idéologique, rien d’autre. C’est l’urbanisation de notre mode de vie qui nous a fait perdre le contact avec la nature et la réalité du cycle naturel. Voilà pourquoi la chasse est plus controversée qu’il y a une cinquantaine d’années. Dans le cycle de la vie, il y a la mort. Et notre société a de plus en plus tendance à vouloir la cacher, l’aseptiser… Dans les territoires ruraux, la chasse ne pose pas de problème à la population. Les sociétés de chasse sont des lieux de convivialité et la chasse crée du lien, c’est l’une de ses valeurs ajoutées. »

Dans la tribune des « contre », nous avons Allain Bougrain-Dubourg, Président de la Ligue pour la protection des oiseaux : « Autant le dire, je ne peux concevoir que l’on retire la vie pour le seul plaisir. Le seul espoir de satisfaire la gâchette, me paraît éthiquement inacceptable. Mais nos différences fondamentales avec les chasseurs ne devraient pas effacer le potentiel de collaboration, dans l’intérêt de la nature. En Angleterre, par exemple, les protecteurs de la nature conjuguent leurs compétences avec les chasseurs, dans des opérations visant à préserver les milieux naturels. Ailleurs, ce type de démarche reste malheureusement bien trop rare… » (extraits www.sans-transition-magazine.info, 12/10/2015)